Remontée du Parti québécois

20 mai 2026 | Philippe Boudreau

Jusqu'en 2023, nombreuses étaient les personnes qui estimaient que le Parti québécois n'était, en définitive, que le parti d'une génération. Contre toute attente, le PQ a toutefois rebondi.

La partielle dans la circonscription de Jean-Talon, il y a un an, a certes constitué un point tournant, mais le processus de résurrection de la formation était déjà entamé bien avant, ce dont a témoigné la progression continue des intentions de vote à l'échelle nationale depuis le scrutin d'octobre 2022. Quelles sont les causes de ce succès, et quelle pourrait être sa portée ?

Déception face à un gouvernement désorienté

La première moitié du second mandat caquiste est caractérisée par une cascade d'échecs, de valses-hésitations et d'erreurs de jugement. Le gouvernement de François Legault entame maintenant l'automne 2024 avec un grave déficit de crédibilité dont il a été l'unique artisan.

Il serait trop long de dresser la liste complète des causes du mécontentement populaire envers la CAQ. Signalons l'incapacité du gouvernement à relever les grands défis de l'heure, mais aussi sa propension à les aggraver. Le délabrement des réseaux, tant en éducation qu'en santé et en services sociaux, la crise du logement, l'urgence climatique, la perte de biodiversité… Autant de terrains sur lesquels le pouvoir exécutif a montré son inaptitude.

Au chapitre des tergiversations, la saga du troisième lien est une pièce d'anthologie d'improvisation étatique ; elle passera à l'histoire comme exemple de la tendance d'un gouvernement à se discréditer lui-même. Plusieurs autres flottements ou virages abrupts ajouteront à cette sensation de composer avec un gouvernement qui se cherche : le tramway de Québec, la maternelle quatre ans, le Panier bleu, les maisons des aîné·es, etc.

Au comportement passif de la CAQ, il faut ajouter l'arrogance du Conseil des ministres, qui, en plus d'avoir pris plusieurs décisions impopulaires au mauvais moment, n'a pas su communiquer adéquatement leur raison d'être. Pensons à la hausse de salaire de 30 % aux député·es alors qu'on offre des miettes aux salarié·es du secteur public. À la subvention de cinq millions de dollars aux Kings de Los Angeles. À l'absolution donnée au ministre Éric Caire après le fiasco informatique à la Société de l'assurance automobile du Québec. À la vanité d'un Pierre Fitzgibbon prétendant échapper à tout conflit d'intérêts et n'ayant aucun compte à rendre sur ses parties de chasse au faisan.

La troisième voie en panne

Sur le plan programmatique, le néonationalisme autonomiste, qui a longtemps été un carburant du succès caquiste, connaît un essoufflement. D'aucuns constatent l'impasse dans la concession de pouvoirs pour le Québec de la part d'Ottawa. Actuellement, le faible rapport de force du Québec vis-à-vis du gouvernement fédéral étonne une quantité d'électeurs et d'électrices qui avaient cru aux promesses de la CAQ. Et quel aveu d'impuissance que la création, en juin, d'un comité d'expert·es chargé de trouver des façons d'accroître l'autonomie du Québec au sein de la fédération !

Inversement, les perspectives du Parti québécois sur l'émancipation nationale, quoique loin de faire l'unanimité, ont le mérite d'être claires et d'avoir du mordant. Revenons sur l'épisode révélateur du serment au roi, en 2022. Le trio de députés péquistes a su faire monter les enchères sur cet enjeu en affichant une fermeté inébranlable, au risque de ne pouvoir siéger à l'Assemblée nationale.

La détermination à tenir un référendum sur l'indépendance d'ici 2030, posture exigeante, voire risquée, participe évidemment de ce positionnement assumé, loin des hésitations et des atermoiements. Devant une CAQ dont l'autonomisme recèle désormais peu d'espoirs, le PQ offrirait une option de rechange revampée aux nationalistes en quête d'un statut fort pour le Québec.

Transfert du vote nationaliste

La plupart des spécialistes en analyse de sondages signalent un phénomène de vases communicants entre les intentions de vote pour la CAQ et le PQ. Un électorat nationaliste, ayant temporairement trouvé refuge à la CAQ parce qu'échaudé par les turpitudes péquistes de la période 2014-2020, effectuerait progressivement un retour au bercail.

Ce phénomène s'inscrit plus largement dans une redéfinition du nationalisme québécois depuis au moins 17 ans, processus dont le PQ a été tantôt l'artisan, tantôt le bénéficiaire. Selon plusieurs politologues ayant étudié les réalignements électoraux des dernières décennies, cette dynamique a fini par créer un nouvel axe majeur de polarisation en politique québécoise, aussi fort que le clivage gauche/droite ou la dichotomie fédéralisme/souverainisme. Sur ce nouvel axe de l'identité nationale qui met en opposition des conceptions très clivées, la CAQ et le PQ présenteraient plusieurs similitudes, ce qui expliquerait leur porosité relative.

Un examen des engagements péquistes sur les thèmes identitaires suggère que le PQ prétend mieux réussir (sans rompre avec ce que vise la CAQ) dans les dossiers qui sont si chers à la CAQ : laïcité, immigration, langue française et souveraineté culturelle. Le PQ chasse sur les mêmes terres que la CAQ, et le fait en offrant une certaine continuité, en ce sens que ses propositions apparaissent plus naturelles, aux yeux d'un électorat caquiste, que celles du Parti libéral du Québec ou de Québec solidaire.

Autre élément significatif, le facteur Paul St-Pierre Plamondon. Jusqu'ici bien servi par sa franchise et sa constance, le chef du PQ incarnerait une certaine fraîcheur et offrirait un message crédible, fondé sur une communication sérieuse et rigoureuse, non dénuée de pédagogie. Il n'est pas seul à contribuer au rajeunissement de la bannière péquiste ; la base militante du parti s'est renouvelée, de sorte que le PQ parvient, chemin faisant, à se départir de son image de parti de boomers attaché·es à ses avancées glorieuses datant d'un autre siècle.

Pour une partie de l'électorat caquiste brûlant d'envie de tourner le dos à la formation de François Legault, le PQ apparaîtrait comme un choix compréhensible, préférable à Québec solidaire, dans la mesure où QS serait perçu, lui, comme plus radical, trop associé aux grands centres et aux jeunes, multiculturel (comme sa députation), et ouvert à l'immigration et à la diversité.

Un système partisan qui tient bon ?

Au printemps et au début de l'été 2024, les intentions de vote en faveur du PQ ont connu un plafonnement, autour de 34 %. En supposant que la popularité du PQ se maintienne à ce plateau, comment entrevoir la portée électorale d'une telle performance ?

À la mi-juillet, date de tombée du présent article, il semble que la CAQ soit parvenue à stopper l'hémorragie de ses intentions de vote. Le parti n'a pas souffert d'un transfert massif de cadres ou d'élu·es vers le PQ ou le PLQ. Le bureau du premier ministre continue d'avoir la main haute sur le parti, tout en ayant le privilège de s'appuyer sur l'appareil d'État. La CAQ parvient encore, jusqu'ici, à satisfaire des clientèles électorales à la fois déçues du PLQ et hostiles à l'indépendance. Pour assister à un véritable réalignement électoral en 2026, il faudrait que la CAQ connaisse une débandade, des scissions, ou une véritable crise.

Ces observations s'inscrivent dans la logique d'un système partisan caractérisé par la division entre quatre partis parlementaires et un cinquième qui veut faire son entrée à l'Assemblée nationale, le Parti conservateur du Québec. Sauf erreur, la société québécoise désire pouvoir compter longtemps sur cet éventail d'options partisanes. Cet éclatement fait en sorte que, jusqu'à nouvel ordre, bon nombre des bastions traditionnels des partis arrivant en troisième ou quatrième place dans les sondages (notamment ceux du PLQ et de QS) pourraient tenir bon.

Cet éclatement en quatre partis n'est donc pas sur le point de disparaître, d'autant plus que le PLQ doit se doter en 2025 d'un nouveau chef, ce qui devrait en principe lui redonner une meilleure combativité et constituer un atout pour la compétition électorale. Par ailleurs, le fractionnement en quatre partis rend plus difficile la formation d'un gouvernement majoritaire. Cette dynamique était déjà à l'œuvre lors des élections de 2012, quand le PQ a pris le pouvoir avec 54 sièges et 32 % des suffrages.

À deux ans des élections, tout peut encore arriver. Mais parions qu'une fois de plus, les résultats d'octobre 2026 montreront les limites du mode de scrutin uninominal à un tour.

Philippe Boudreau est professeur de science politique au Collège Ahuntsic.

Illustration-montage : Anne-Laure Jean

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